la famille Shtisel: hassidiques ou scientifiques ?
Pour ceux qui se posent la question, il ne s'agit pas de poulet pané (shnitsel en hébreu) mais d'une série israélienne, disponible sur Netflix. On y suit les pérégrinations d'une famille hassidique de Jérusalem (ultra-orthodoxes juifs), la famille Shtisel. On tombe très vite sous le charme de cet environnement incongru et mystérieux, soumis à des règles qui nous semblent totalement étrangères. où est-ce vraiment le cas ? Il m'a fallu quelques épisodes avant de me rendre compte que le fonctionnement du milieu hassidique est similaire à celui d'un autre que les scientifiques connaissent bien : le monde académique. Deux communautés que tout semble opposer et qui se ressemblent pourtant étrangement.
Avertissement: des "spoilers" se trouvent dans la suite de l'article
Règle n° 1 : il faut être prêt à tous les sacrifices pour atteindre le graal ultime
Zvi Aryeh est le petit génie de la famille Shtisel. Il étudie jour et nuit dans un kollel et ne reçoit qu'une compensation monétaire médiocre en contrepartie. Il y met énormément d'effort, ne prend que des poses de 15 minutes pour manger, étudie jusque tard le soir. Il va sans dire que cela engendre des disputes avec sa femme. Il ne vit que dans l'espoir de pouvoir devenir un jour à son tour un genre de professeur dans le kollel, le graal ultime réservé qu'à de rares élus (il faut attendre qu'une personne meure ou quelque chose du genre pour pouvoir prendre sa place). Quand une position devient disponible, tout le monde dans le kollel est prêt à s'entretuer pour l'avoir. Zvi Aryeh est l'un des favoris de la course mais il ne l'obtient malheureusement pas. Il s'en plaint à son père en lui reprochant le fait qu'il avait eu l'opportunité de devenir chanteur et de toucher un vrai salaire mais qu'il l'en avait empêché. Son père ne comprend pas. Dans le milieu hassidique, devenir un professeur de kollel est le but que chacun devrait poursuivre. Peu importe que cela signifie de vivre dans la pauvreté et de passer ses journées dans des discussions théoriques incompréhensibles et insignifiantes pour le commun des mortels. Faire un travail normal est réserver aux losers.
Le plus triste dans l'histoire : il suffit de remplacer 'kollel' par 'université' ou 'institut de recherche' pour avoir une description extrêmement réaliste de la vie de la plupart des post-doctorants dans le milieu académique.
Règle n° 2 : seuls nous détenons la vérité
Pas vraiment besoin de commentaire pour cette règle là ...
Règle n° 3 : les hobbies sont une perte de temps qui nous détournent du but ultime
Akiva Shtisel a un énorme talent pour le dessin. Son père fait tout pour l'empêcher de continuer dans cette voie. Même s'ils ne sont pas explicitement interdit, les hobbies (dessiner, tenir un blog ou regarder Shtisel) ne sont que des passe-temps inutiles. Mieux vaut se consacrer à la prière/recherche qui doit occuper chacune des pensées.
Règle n° 4 : le mariage
Après deux ou trois rencontres, les protagonistes décident ou non de se marier. Une union qui est la fondation même de la société hassidique. Un peu comme la relation entre le doctorant et son superviseur de thèse. Trouver un bon parti/directeur de thèse est la préoccupation principale de n'importe quel jeune hassidique/étudiant de master. Mettre fin à des fiançailles/changer de directeur de thèse est possible mais compliqué. Akiva Shtisel a rompu trois fois de suite et ses chances de trouver quelqu'un d'autre sont extrêmement minces. De même, on se demande quel PI (responsable de labo) sera assez fou pour prendre un étudiant qui en serait à son troisième projet de thèse.
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